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Quand l'IA s’immisce dans la relation d'accompagnement : enjeux et repères pour les structures d'insertion
L’intelligence artificielle bouscule le quotidien des professionnels de l’accompagnement, interpelés parfois par les projets et les productions « augmentés » par l’IA de publics vulnérables.
Comment, à l’heure où l’intelligence artificielle s’est démocratisée, s’est immiscée dans les organisations, les outils métiers et les pratiques des professionnels, réussir à la mettre au service des publics et de leur parcours d’insertion, sans céder au techno-solutionnisme ni à l’illusion que la relation d’accompagnement peut rester durablement à l’écart de cette transformation ?
C’est la question au cœur de l’étude conduite par Amnyos pour LaborIA, remise en mai 2025, qui examine de près ce que l’IA fait — et ce qu’elle risque de défaire — dans le travail d’accompagnement des structures d’insertion par l’activité économique et du secteur du handicap.
L’IA s’installe par les usages, avant les cadres
L’étude, conduite à partir d’une trentaine d’entretiens avec des acteurs nationaux et des têtes de réseau, et d’une vingtaine de terrains en structures, fait le constat que les usages de l’IA se développent mais sont encore peu encadrés dans les structures. Le « shadow IA » est souvent la réponse à des charges de travail élevées et à un manque d’outils métiers adaptés. Mais il devient problématique lorsqu’il s’installe durablement sans gouvernance, car il expose les structures à des risques réels en matière de données personnelles, de qualité des productions et de cohérence des pratiques. Les réseaux se trouvent ainsi en première ligne d’une transformation qu’ils n’ont pas initiée, mais qu’ils doivent contribuer à rendre gouvernable.
Des risques concrets pour la relation d’accompagnement
Le rapport identifie plusieurs risques qui touchent directement les publics comme les professionnels de l’accompagnement. Le premier est la dépersonnalisation : des lettres de motivation uniformisées par l’IA, repérées comme telles par les recruteurs, peuvent stigmatiser davantage les publics qu’elles cherchent à valoriser. Le deuxième est la dette cognitive : déléguer à l’IA des tâches routinières peut appauvrir progressivement les compétences professionnelles et affaiblir la présence dans la relation. Le troisième est la fracture numérique renforcée : dans l’IAE comme dans le secteur du handicap, les personnes les moins à l’aise avec l’écrit, les moins autonomes dans leur rapport au numérique, risquent de tirer beaucoup moins profit de l’IA que les autres — voire d’en pâtir. Enfin, le risque le plus structurant identifié par le rapport n’est pas la suppression d’emplois, mais l’intermédiation de la relation : si l’IA s’intercale systématiquement entre le professionnel et la personne accompagnée, elle peut fragiliser la confiance, réduire l’attention portée à l’autre et dégrader la qualité même du travail d’inclusion.
Des publics inégalement équipés, une relation recomposée
L’étude propose une typologie des publics face à l’IA qui éclaire directement les pratiques d’accompagnement. Certains sont de véritables « stratèges outillés », ils savent utiliser l’IA pour produire des documents convaincants, mais sans véritable ancrage dans un projet personnel mûrement réfléchi. D’autres sont des « illusionnés outillés », ils tâtonnent, prennent les productions de l’IA pour argent comptant, et arrivent avec des projets apparemment bien construits mais déconnectés de la réalité. D’autres encore sont des « intéressés empêchés » motivés mais freinés par le handicap, les difficultés cognitives ou le manque de maîtrise numérique, ils ont besoin d’une médiation renforcée pour accéder aux usages et ne pas rester à l’écart. Enfin, certains publics particulièrement vulnérables – exposés à des risques d’emprise numérique, de divulgation de données sensibles ou d’influence non maîtrisée – appellent un encadrement strict des usages : c’est au professionnel de décider, avec eux et pour eux, de la place que l’IA peut tenir dans leur parcours. Cette diversité impose de faire de l’IA un objet à part entière de l’accompagnement.
Ce que les structures et les réseaux peuvent faire
Le rapport ne se limite pas au diagnostic, à partir des terrains conduits et de séances de design fiction menées avec des structures de l’IAE, il identifie les conditions d’une appropriation maîtrisée de l’IA et dessine trois trajectoires types par lesquelles les organisations s’en saisissent — du laisser-faire prudent à la gouvernance formalisée. Il montre ce qui distingue les démarches qui tiennent dans la durée de celles qui restent au stade du bricolage, et met en lumière les quelques conditions non négociables comme former les professionnels aux usages situés dans l’accompagnement, sécuriser la gouvernance des données, et préserver le jugement professionnel comme ligne rouge. Il précise enfin le rôle stratégique que les réseaux peuvent jouer pour que cette transformation ne se fasse ni à deux vitesses, ni au détriment du cœur de métier.