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Enfants et jeunes vulnérables : notre évaluation de la contribution du FSE+ à la prévention du risque de pauvreté et d’exclusion

Une nouvelle évaluation vient enrichir la connaissance du programme national FSE+ et FTJ 2021-2027. Réalisée par Amnyos et Edater pour la DGEFP cette évaluation porte sur une thématique nouvelle de la programmation 2021-2027 : l’intégration sociale des enfants et des jeunes exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Elle s’attache à un public rarement documenté dans son ensemble — mineurs et jeunes majeurs relevant de l’Aide sociale à l’enfance, jeunes sortants de l’ASE, mineurs non accompagnés, familles en grande précarité — et interroge un enjeu qui dépasse largement le cadre des fonds européens : comment éviter que ces parcours de vie ne basculent, faute d’un accompagnement suffisamment continu et coordonné. Ses enseignements intéressent au premier chef les décideurs publics, les collectivités et l’ensemble des professionnels qui accompagnent au quotidien ces enfants et ces jeunes.

Une priorité nouvelle du programme national FSE+

Pour la première fois, la programmation nationale du FSE+ consacre des financements dédiés à l’intégration sociale des enfants et des jeunes vulnérables. Ce choix n’est pas anecdotique : il traduit une prise de conscience, portée à la fois par le niveau européen et par le niveau national, de la nécessité de mieux prévenir les ruptures de parcours chez les publics les plus exposés. Sur le plan réglementaire, ce virage s’inscrit dans le prolongement de plusieurs textes adoptés depuis 2018 (la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, la Garantie européenne pour l’enfance adoptée par le Conseil de l’Union européenne, le règlement FSE+ lui-même, puis le Comité interministériel à l’enfance installé fin 2022) qui convergent tous vers un même objectif : mieux protéger les enfants les plus exposés à la pauvreté.

Concrètement, ces financements mobilisent plusieurs objectifs spécifiques du programme selon la nature des actions soutenues, au bénéfice d’un public précisément défini : les enfants et les jeunes âgés de 3 à 21 ans, qu’il s’agisse de mineurs ou de jeunes majeurs relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), de jeunes sortants de l’ASE entre 17 et 21 ans, de mineurs non accompagnés (MNA) et les familles en grande précarité.

Ces catégories d’enfants et de jeunes sont les plus susceptibles de rencontrer des ruptures de parcours à des moments de clés : sortie de l’ASE à la majorité, changement de statut administratif, décrochage scolaire. Ces risques appellent des réponses spécifiques, articulées entre acteurs sociaux, éducatifs, sanitaires et administratifs.

Une méthodologie sur-mesure pour recueillir la parole des enfants, jeunes et familles

Documenter un champ aussi sensible ne pouvait se limiter à une analyse de dispositifs et d’indicateurs de gestion. Au cours de cette mission, le groupement Amnyos-Edater a eu l’opportunité d’échanger avec une grande diversité d’acteurs engagés sur le terrain : services de l’État, collectivités, associations, porteurs de projets, professionnels de terrain, mais également jeunes et familles directement concernés.

C’est ce dernier point qui donne à cette évaluation sa singularité. Trente entretiens psychosociaux ont été conduits par nos consultants Amnyos directement auprès de jeunes vulnérables et de familles accompagnés par des projets cofinancés par le FSE+. Compte tenu de la sensibilité des sujets abordés et de la vulnérabilité des cibles, dont la majorité était mineure, un protocole dédié et particulièrement rigoureux a été développé. Nous nous sommes associés avec des experts pour construire un cadre sécurisant et bienveillant. La posture retenue était résolument évaluative et non thérapeutique ; il ne s’agissait pas de recueillir un vécu pour lui-même, mais de comprendre ce que l’action financée avait concrètement changé dans le parcours du jeune : comment il était entré dans le dispositif, ce qui avait fait la différence, ce qui avait changé dans son quotidien, etc.

Des enseignements sur les leviers contribuant à prévenir le risque de pauvreté et d’exclusion des enfants

Le constat central qui se dégage de nos travaux est celui du rôle essentiel et non substituable que joue le FSE+ pour ces publics. Là où les dispositifs de droit commun peinent parfois à intervenir suffisamment tôt ou de façon suffisamment continue, les actions cofinancées permettent souvent d’éviter une bascule : un décrochage scolaire qui s’installe, une sortie de l’ASE qui se solde par une rupture de suivi, un accès aux droits qui n’est jamais engagé faute d’accompagnement dédié.

Les entretiens que nous avons menés auprès des jeunes et des familles mettent en évidence la valeur d’un accompagnement qui ne se limite pas à un seul registre d’intervention (articulation réelle entre soutien scolaire ou professionnel et accompagnement social de proximité, par exemple). La continuité de l’accompagnement autour de moment charnière est également très importante, notamment lors du passage à la majorité, quand un jeune sortant de l’ASE peut, en quelques mois, perdre l’ensemble des repères institutionnels qui structuraient son quotidien.

Nos analyses soulignent enfin que ces résultats reposent moins sur la performance d’un dispositif isolé que sur la qualité des coopérations qui se nouent, à l’échelle locale, autour de l’enfant ou du jeune : entre aide sociale à l’enfance, éducation nationale, mission locale, secteur associatif, protection judiciaire, etc. Quand ces coopérations fonctionnent, elles permettent une prise en charge globale et continue. Quand elles font défaut, l’effet du FSE+ reste circonscrit à la durée du financement.

Une évaluation qui permet de dégager des pistes de travail pour l’avenir

Les résultats des projets soutenus par le FSE+ obtenus sont réels, mais ils restent fragiles, insuffisamment visibles dans les seuls outils de suivi du programme, et inégalement répartis selon les territoires. Un même type d’action ne produisant pas partout les mêmes effets, selon la densité du tissu associatif local ou l’ancienneté des partenariats noués.

Cette thématique reste par ailleurs concentrée sur un nombre encore limité d’opérations au regard de l’ensemble du programme, ce qui pose directement la question de son passage à l’échelle : comment consolider, dans la durée, des coopérations territoriales aujourd’hui souvent portées par quelques acteurs engagés, et donner aux porteurs de projets une visibilité suffisante pour construire des réponses qui s’inscrivent, elles aussi, dans la durée des parcours qu’ils accompagnent.

Un éclairage visant à nourrir les réflexions des acteurs publics et associations

Au-delà du cas particulier des opérations étudiées, cette évaluation dit quelque chose de plus général sur la manière d’évaluer une politique sociale aujourd’hui. Les effets qu’elle documente (sécurisation d’un parcours, accès effectif à un droit, maintien d’un lien social au moment d’une rupture familiale ou institutionnelle) ne se lisent pas dans un tableau de bord. Ils se recoupent et se vérifient en croisant plusieurs sources : les données de suivi du programme, mais aussi l’expérience quotidienne des professionnels qui mettent en œuvre les actions, et la parole directe des enfants, des jeunes et des familles qui en bénéficient.

C’est précisément ce croisement qui fait la valeur ajoutée de cette évaluation pour l’action publique. Nous avons souhaité documenter les réalités de terrain et identifier des pistes d’amélioration concrètes pour les politiques et dispositifs accompagnés. Pour les services de l’Etat et les collectivités qui pilotent ou cofinancent des dispositifs d’accompagnement, ce travail fournit une base concrète pour ajuster les priorités du programme jusqu’à la fin de la programmation, mais aussi pour nourrir la réflexion sur l’après-2027.

Derrière les dispositifs et les financements, ce sont des femmes et des hommes qui œuvrent chaque jour pour répondre aux besoins des enfants et des jeunes les plus vulnérables. Nous espérons que notre travail rend justice à leur engagement et à leur impact.

L’évaluation en chiffres

   

  • 148 — opérations cofinancées
  • 33 M€ — de FSE+ mobilisés
  • +21 000 — participants
  • < 2 % — des opérations du programme national FSE+
  • 30 — entretiens psychosociaux menés
  • n°10/14 — évaluations du plan FSE+ 2021-2027

Pour aller plus loin

Le rapport final et la synthèse de l’évaluation (versions française et anglaise) sont disponibles sur le site du programme national FSE+ et FTJ 2021-2027 : Découvrez la publication

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